Le livre du pape sur Jésus sort en Italie

Dans cet ouvrage, revenant sur les lectures historiques de Jésus, Benoît XVI, sans engager son autorité pontificale, veut présenter «le Jésus des Évangiles» comme «le vrai Jésus» Ce sera un succès de librairie. Le livre Jésus de Nazareth, signé Joseph Ratzinger-Benoît XVI, est présenté vendredi 13 avril en Italie, Allemagne et Pologne ; la traduction française, elle, paraîtra dans quelques semaines, chez Flammarion. Cet ouvrage, commencé en 2003, n’est que la première partie (1) d’une relecture personnelle de la vie de Jésus.

Pourquoi un tel projet ? Parce que Benoît XVI, comme il l’expliquait en janvier, est préoccupé par « le drame du refus du Christ » qui atteint notre société. Un refus qui se manifeste sous des formes « peut-être plus insidieuses et dangereuses » qu’autrefois. Il ne s’agit plus, en effet, «d’un athéisme scientiste», mais de la présentation d’un Jésus « modernisé ou post-modernisé », un « Jésus homme, réduit à n’être qu’un simple homme de son temps, privé de sa divinité ».

C’est le problème que pose l’analyse historico-critique et de l’exégèse moderne, qui ne cesse, estime encore Benoît XVI dans la préface du livre déjà rendue publique, de creuser « l’écart entre le “Jésus historique” et le “Christ de la foi” ».

La question de l’historicité

Jeune théologien, Joseph Ratzinger s’était déjà arrêté, dans Foi chrétienne hier et aujourd’hui, sur « le problème de la foi en Jésus aujourd’hui » et la question de son historicité. Depuis, le débat n’a pas cessé. Le succès en Italie du livre Enquête sur Jésus, de Mauro Pesce, professeur à l’université de Bologne, n’est qu’une nouvelle manifestation de ce que le personnage historique Jésus suscite – de l’émission Corpus Christi au Da Vinci Code ou à L’Évangile de Judas – d’intérêt et de controverses.

Sur le plan proprement théologique, l’un des reproches que faisait le cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, aux théologiens de la libération touchait à leur interprétation de Jésus et de son message. Dans un article récent de La Civiltà cattolica – revue jésuite dont les pages sont relues par la Secrétairerie d’État –, le P. Giuseppe De Rosa démontre les « vaines tentatives » des historiens comme de théologiens, depuis les Lumières, pour expliquer Jésus avec les données historiques ou sociologiques, qui « tendent soit à le réduire à une dimension politique, ou sociale, ou en faire une sorte de hippy américain ».

Or, interroge le pape dans l’introduction, « quel sens peut avoir la foi en Jésus-Christ, si l’homme Jésus était si différent de celui que présentent les évangélistes et qu’annonce l’Église à partir des Évangiles ? » Situation « dramatique » pour la foi, dit-il, car « elle rend incertain son authentique point de référence : l’intime amitié avec Jésus, dont tout dépend, risque de tâtonner dans le vide ».

Il refuse la contradiction entre foi et histoire

Le pape veut présenter « le Jésus des Évangiles comme “le vrai Jésus”, comme le “Jésus historique” au vrai sens du terme ». Historiquement, c’est ce Jésus-là qui lui semble le plus logique. Il ne fait donc pas fi des recherches les plus récentes. Mais il refuse la contradiction entre foi et histoire, convaincu que « la figure de Jésus ne peut être comprise qu’à partir du mystère de Dieu ».

« Inutile de préciser que ce livre n’est absolument pas un acte relevant de mon magistère, mais seulement une expression de ma recherche personnelle », écrit-il encore en introduction. Précision pourtant bien utile ! Au point que le P. Federico Lombardi, directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, a cru nécessaire de rappeler que ce livre « n’engageait pas l’autorité du pape ».

Car, à entrer dans le débat de pure théologie, Benoît XVI avance en terrain inédit pour un pape. D’autant plus que le livre porte la double signature du théologien et du pape. Et que c’est à la Secrétairerie d’État que les traductions ont été soigneusement revues. « Chacun est donc libre de me contredire », assure le pape dans la préface. Mais comment contredire un pape ?

(1) Le livre débute avec le baptême du Christ et s’achève, pour cette première partie, avec la Transfiguration.