Cardinal Laurent Monsengwo : « Quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son fils… » (Ga 4,4)

Cardinal Laurent Monsengwo L’archevêque de Kinshasa en République démocratique du Congo a, au cours de l’homélie de la messe de Noël, rappelé à ses fidèles que la  nuit de Noël évoquait toujours la paix et que la naissance du Christ était la célébration de l’accomplissement de la parole donnée ; c’est la nuit et le jour de la plénitude du temps.

Pour le Cardinal-Archevêque de Kinshasa, le Verbe projette dans la vie de l’humanité la lumière qui est l’image d’un enfant né dans une crèche et non dans un palais, image de la tendresse, de la faiblesse et non  de la puissance, l’image de la pauvreté et des pauvres bergers, l’image d’un enfant rejeté par les hommes qu’il vient visiter. Sa présence est une  présence qui fait appel à la Foi de l’intelligence et à l’Amour du cœur. Il se révèle aux pauvres.

Voici l’intégralité de l’homélie du Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya :

 

Chers Frères et Sœurs,

1. La  nuit de Noël évoque toujours la paix. Inévitablement chacun(e) pense au chant du chœur des anges : «Gloire à Dieu au plus haut des cieux; paix sur la terre aux hommes qu’il aime» (Lc 2,14). Le souhait est de Dieu. Et quand Dieu souhaite, il réalise, il donne. Pourquoi souhaite-t-il la paix ? Parce que le Christ est né, le Messie promis depuis la nuit des temps originels : dès que l’homme et la femme ont péché : « Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t’écrasera la tête pendant que tu essaies de l’atteindre au talon» (Gn 3,15). Là où le péché de l’homme abonde, la grâce de Dieu surabonde de même que le salut (Rm 5,23).

2. C’est pourquoi la naissance du Christ est la célébration de l’accomplissement de la parole donnée; c’est la nuit et le jour de la plénitude du temps. «Quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme,  [né sujet de la loi (mosaïque), afin de racheter les sujets de la loi], afin de nous conférer l’adoption filiale » (Gal 4, 4-5). Il nous a été promis, il est venu pour nous.

3. «Image du Dieu invisible  (Col 1,15), il est l’Homme parfait qui a restauré dans la descendance d’Adam la ressemblance divine, altérée dès le premier péché. Parce qu’en lui la nature humaine a été assumée, non absorbée, par le fait même, cette nature a été élevée en nous aussi à une dignité sans égale, car par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme » (GS 22, §2).

4. Aussi la nuit de Noël est-elle la nuit du silence et de la contemplation du grand mystère de l’incarnation de Dieu, quand Dieu vient changer l’histoire de l’humanité, en venant planter sa tente parmi nous. «Le Verbe s’est fait  chair et il a habité parmi nous» (Jn 1,14). Dieu a voulu vivre au  milieu de nous, pour projeter sa lumière sur la vie de l’homme et toutes les valeurs humaines. «Le Verbe était la vraie lumière qui en venant dans le monde, illumine tout homme» (Jn 1,9). Il dira  lui-même: «Je suis la lumière du monde. Celui qui vient  à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres. Il aura la lumière qui conduit à la vie» (Jn 8,12). Le Verbe  est la lumière au sens fort. Tout homme, quelle que  soit son origine ou sa condition, peut et doit recevoir de lui les directives qui l’orienteront vers l’accomplissement de sa vie (TOB, p.292, n. k).

5. Quelle lumière le Verbe projette-t-il dans la vie de l’humanité: l’image d’un enfant né dans une crèche et non dans un palais, image de la tendresse, de la faiblesse et non  de la puissance, l’image de la pauvreté et des pauvres bergers, l’image d’un enfant rejeté par les hommes qu’il vient visiter: «Le Verbe est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas accueilli» (Jn 1,11). A ceux qui l’accueillent, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir  de devenir enfants de Dieu. Dieu se fait  proche des hommes, pas en s’imposant par la force, mais en frappant à la porte des esprits (foi) et des cœurs (amour) (cfr Ap 3, 20). Dès le départ, le Christ est rejeté, le Christ va à l’encontre des valeurs du monde, mais le Christ se fait proche des hommes pour demeurer avec eux. Sa présence est une  présence qui fait appel à la Foi de l’intelligence et à l’Amour du cœur. Il se révèle aux pauvres.

 

6. En se révélant de cette manière, en se mettant du côté des pauvres et des faibles et des rejetés, le Fils de Dieu rejoint tous les humains par ce qui appartient à leur nature, ce qu’ils ont  d’essentiel et non par ce qu’ils ont d’accidentel et de circonstanciel. Il convenait, en effet, que le Fils de l’homme montre ce qui fait la grandeur de l’homme, ce qui fait l’homme: c’est sa pauvreté, son humilité, son abaissement, pour le service des autres.

L’Amour se fait petit et se fait service (cfr Mt 20,20-28)

L’Amour se dépouille pour combler les autres (cfr Lc 1,59)

L’Amour se fait pauvre pour enrichir les autres (cfr 2 Cor 8,9)

7. La manifestation du «Sauveur, Christ Seigneur » (Lc 2,14) aux pauvres, les bergers, a été suivie d’une réaction immédiate. Dès qu’ils ont entendu l’annonce de l’Ange, les bergers se dirent : «Allons donc jusqu’à Bethléem, et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaitre » (Lc 2, 15). Réponse généreuse et rapide des bergers. Aussitôt informés, ils se rendent sur les lieux pour s’assurer de l’exactitude des faits. Vérification faite de la véracité du message de l’Ange, ils se font eux-mêmes  et sans qu’on les y envoie, les missionnaires de cette Bonne Nouvelle, qui d’après les dires de l’Ange, sera cause de joie pour tout le peuple (cfr Lc 2, 14). Le Seigneur avait eu raison de choisir ces hommes de « bonne volonté », ces hommes au cœur droit, comme destinataires de l’annonce du salut. Ils en ont  compris et la portée et les implications. Ils se mettent à l’œuvre et se rendent disponibles à Dieu pour la mission du salut.

8. Ces cœurs simples et droits, qui comprennent le sens, la portée des messages du salut, voilà ce qu’il nous faut obtenir du Seigneur pour devenir apôtres et missionnaires de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ dans le monde.

9. Par l’intercession de la Vierge Marie, Mère de Dieu et de Saint Joseph, Père nourricier de Jésus, puisse le divin Enfant nous combler de paix, de joie et d’amour à l’occasion de Noël et tout au long de la Nouvelle Année.

10. Avec mon  affectueuse bénédiction.

 

+ L. Card. MONSENGWO PASINYA

Archevêque de Kinshasa

(Tratto dall’archivio della Radio Vaticana)

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