Birmanie/Myanmar : le premier cardinal birman

le premier cardinal birmanLe pape François donne à l’Église en Birmanie son premier cardinal, Mgr Charles Bo, l’un des 20 nouveaux cardinaux dont la création a été annoncée le 4 janvier.

Dimanche 4 janvier, lorsque le pape François a annoncé un consistoire pour la « création » de 20 nouveaux cardinaux (dont 15 électeurs cf. Aleteia), l’Église catholique en Birmanie a reçu le premier cardinal de son histoire. Quelques semaines après avoir célébré le cinquième centenaire de l’arrivée des premiers chrétiens dans le pays, l’actuel archevêque de Rangoun, Mgr Charles Bo recevra la barrette et les insignes cardinalices le 14 février prochain, à Rome.

Un Karen de Birmanie

Âgé de 66 ans, appartenant à la congrégation des salésiens, Mgr Charles Bo est une personnalité centrale de l’Église en Birmanie qui compte environ 500 000 fidèles dans un pays de 51 millions d’habitants, très majoritairement bouddhistes. Outre le fait qu’il est issu d’une congrégation religieuse – et non des rangs du clergé diocésain –, Mgr Charles Bo présente la particularité d’appartenir, non à la communauté bamar (ou birmane), qui forme environ les deux-tiers de la population du pays, mais d’être né dans une famille de la minorité karen – minorité du sud et du sud-est du pays. En Birmanie, les chrétiens (catholiques comme protestants) forment environ 4% de la population du pays et se trouvent principalement parmi les minorités ethniques qui peuplent les pourtours de la plaine centrale birmane.

Ordonné prêtre à l’âge de 27 ans, nommé à la tête de la préfecture apostolique de Lashio, dans l’État Shan dix ans plus tard, Mgr Charles Bo a été ordonné évêque en 1990 lorsque cette préfecture est devenue un diocèse à part entière. En 1996, il a été transféré dans le diocèse de Pathein, au sud-ouest du pays, tout en étant, un temps, l’administrateur apostolique de l’archidiocèse de Mandalay, avant d’être nommé archevêque de Rangoun en 2003.

Une dimension politique

C’est donc un évêque expérimenté, connaissant parfaitement les différentes facettes de l’Église de Birmanie qui devient cardinal. C’est aussi un évêque qui a exercé ses responsabilités dans le contexte de la transition en cours entre la junte militaire qui a dirigé le pays de 1962 à 2011 et qui, depuis cette date, se métamorphose en un régime plus libre et ouvert, dans l’attente des élections présidentielles qui auront lieu en décembre 2015.

Pour le père Maurice Nyunt Wai, secrétaire de la Conférence épiscopale de Birmanie, « il y a un lien entre l’ouverture récente de notre pays sur un plan politique et le fait de recevoir un cardinal ». À l’agence Ucanews, le prêtre précise que la visibilité que donnera à l’Église locale ce nouveau cardinal permettra peut-être une normalisation pleine et entière des relations diplomatiques entre le Myanmar et le Saint-Siège – qui, pour l’heure, n’est représenté que par un « délégué apostolique » en résidence à Bangkok, en Thaïlande, et non par un nonce de plein exercice. Quant à la liberté religieuse, le prêtre rappelle que le 500e anniversaire de la première présence catholique (des marchands portugais) dans le pays aurait dû être célébré en 2010, mais qu’à cette date, les restrictions édictées par la junte militaire étaient trop importantes ; il a donc fallu attendre 2014 et l’ouverture politique actuelle pour que l’Église puisse rassembler ses fidèles pour trois jours de célébrations et de festivités à Rangoun, les 21, 22 et 23 novembre, autour de la cathédrale récemment rénovée. (…)

« Le nouveau Myanmar a échoué sur trois plans »

En septembre, Mgr Charles Bo avait fait paraître un texte dénonçant l’inaction des autorités en matière de lutte contre le trafic des êtres humains, fléau qui « couvre de honte la Birmanie » (Aleteia). Il y écrivait notamment les lignes suivantes :

« Le nouveau Myanmar a échoué sur trois plans : construire l’État, construire la nation et construire la paix. Nous reconnaissons à leur juste valeur les efforts de ceux qui ont travaillé en vue d’un consensus sur ces questions, qu’ils fassent partie de l’État ou non. Mais un État qui ne peut assurer ni la vie ni la sécurité à ses citoyens les plus vulnérables, en leur permettant de préserver leur dignité, leur survie matérielle, une éducation de base et un avenir, a échoué dans son devoir envers son pays ».

Un peu auparavant, alors que le pouvoir flirtait dangereusement avec les sentiments nationalistes d’une partie de la majorité bouddhiste de la population, l’archevêque de Rangoun n’avait pas hésité à faire part de son inquiétude au sujet d’un projet de loi visant à « protéger la religion et la race » birmane. Il mettait en garde contre toute velléité de l’État de s’ingérer dans le droit des personnes à choisir librement et individuellement leur appartenance religieuse.

L’intégralité de cet article sur le site de l’agence d’information des Missions Étrangères de Paris (MEP), Églises d’Asie (eda/ra)

Légende photo : Mgr Charles Bo en sa cathédrale de Rangoun lors des cérémonies des 500 ans de présence du catholicisme dans le pays, en novembre 2014. (Ucanews/Eda)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>