Robert Mugabe, nouveau président de l’Union Africaine

Robert M(RV) Entretien– Le sommet de l’Union africaine (UA)s’est ouvert hier à Addis-Abeba, une réunion importante pour les pays d’Afrique avec deux thématiques majeures au menu des discussions : sécuritaire d’abord avec la lutte régionale contre le groupe terroriste Boko Haram, et sanitaire également avec l’éradication du virus Ebola dans les pays d’Afrique de l’Ouest. La cérémonie d’ouverture su sommet a été marquée par la désignation du nouveau président de l’UA, à savoir le chef d’état zimbabwéen Robert Mugabe.

A bientôt 91 ans, le doyen des chefs d’état africains est persona non grata dans de nombreux pays occidentaux en raison de sa politique autoritaire à la tête de son pays. Il jouit pourtant d’une popularité importante et d’un leadership réel sur le continent africain, comme nous l’explique Michel Galy, chercheur au CNRS et spécialiste de l’Afrique  


Des propos recueillis par Olivier Bonnel

C’est un euphémisme de dire que sa figure est controversée parce que, notamment en Grande-Bretagne, l’ancienne puissance colonisatrice, ce chef d’État très âgé est vraiment considéré comme un dictateur et un despote, interdit de territoire et de sommet en Occident alors qu’effectivement, dans un certain nombre de pays africains, il est considéré, d’une part, comme un libérateur de son pays puisque le Zimbabwe est devenu indépendant en 1980 et ensuite, quelque part, comme un dirigeant qui tient tête à l’Occident par des provocations et en tout cas, un langage anticolonial.

En quoi cette prise de fonction de Robert Mugabe à la tête de l’Union Africaine est importante pour le continent, compte tenu de son aura ?

D’une part, il y a une sorte de prime à la longévité puisqu’il va avoir 91 ans et puis, il s’agit d’une présidence tournante. Ce qui est étonnant, c’est qu’il y a quand même une prédominance avec Madame Zuma de l’Afrique australe en ce moment, au sein de l’Union Africaine. C’est quand même quelque chose d’assez exceptionnel. Par ailleurs, c’est effectivement étonnant, c’est une sorte de pied de nez à l’Occident de choisir, pour cette présidence tournante, un chef d’État qui est quand même très contesté par les occidentaux, au moment où sur des situations de conflit comme la Libye, on pensait que l’Union Africaine allait exercer ses capacités de négociations avec les anciennes puissances coloniales.

 Selon vous, la politique de l’Union Africaine va changer sous cette présidence Mugabe ?

Vous savez, c’est quand même quelqu’un de largement imprévisible, qui multiplie les provocations ou les tirades contre l’Occident et les impérialistes. Mais ce que ne voient pas souvent les occidentaux font semblant de l’oublier, c’est que quelqu’un comme Nelson Mandela avait souvent des positions qui, dans une certaine mesure, étaient proches de celle de Mugabe notamment ses liens avec Kadhafi et une opposition à toute intervention militaire sur le continent africain. Donc, il n’est pas si isolé qu’il peut paraitre à Londres ou à Paris.

Certains de ses détracteurs disent que cette présidence Mugabe à la tête de l’Union Africaine va geler un peu plus le statut quo au Zimbabwe où il n’y a pas de transition politique depuis longtemps…

Oui, vous avez raison. Il est populaire dans les foules africaines comme le représentant d’une Afrique digne quand on pense, par exemple, aux tirades de Paul Kagamé ou de tel ou tel leader nationaliste. Mais il l’est beaucoup moins à l’intérieur du pays puisque, c’est bien connu, il truque les élections successives, il arrive à un modus vivendi difficile avec Tsvangiraï et son opposition, de manière générale, en s’appuyant sur l’armée, les structures de force, la police, etc. Donc, il y a sans doute une perception différente à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur.Au Zimbabwe, il y a au moins la moitié de la population qui serait quand même bien d’accord avec certains occidentaux qui le prenne pour un dictateur.

Est-ce qu’il faut craindre une perte de crédit de l’Union Africaine auprès des instances internationales ?

C’est certain, d’autant plus que ce qui est très étonnant, pour parler directement, c’est que ce sont quand même les occidentaux qui paient les factures de l’Union Africaine. Il n’y a pas non plus d’armée panafricaine sous la direction de l’Union Africaine. Donc, c’est une institution qui agit justement un peu par le verbe mais qui est largement dépendante de l’Occident, qui a peu de pouvoir et elle risque d’en perdre encore plus et peut-être, dans certains cas, aller jusqu’au clash sous la présidence de Mugabe.

Finalement, la figure de Mugabe ne résume t’elle pas le malentendu sinon le fossé entre les pays occidentaux et les pays africains ?

Certainement. Il faut dire aussi quelque chose : peut-être faudrait-il rappeler les vidéos de Mugabe. Il a un sens de la répartie et du verbe absolument extraordinaire et parfois pertinent. Par exemple, quand on fait allusion à son grand âge, il demande tout de suite au journaliste s’il a posé la même question à la reine d’Angleterre! Donc, il y a effectivement quelque chose de parfois très amusant dans ses réparties. Mais vous avez raison de dire que ce genre de plaisanteries sont inoffensives, alors qu’il y en a qui sont liées à l’occupation des terres des colons blancs, en tout cas de la population blanche du Zimbabwe qui sont extrêmement dures. Quand Mugabe dit qu’il est « diplômé de la violence » qu’il a exercé pendant la lutte de libération et qu’il peut l’exercer contre les populations d’origine blanche de son pays, ca fait parfois froid dans le dos.

 

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