Homélie du 2e dimanche de Carême B

Abramo-IsaccoAbramo-IsaccoDeuxième dimanche de Carême B

La montagne est fascinante ! L’attrait des sommets a quelque chose de grisant malgré les dangers. L’ancien alpiniste que je suis en garde le souvenir ébloui !

Dans la Bible, cependant, la montagne est surtout le lieu symbolique de la rencontre de Dieu. C’est sur le mont Sinaï que Moïse, au cœur même de la nuée ténébreuse, rencontre Dieu « comme un ami parle à un ami. » C’est sur l’Horeb que le prophète Élie, au terme d’une fuite éperdue, fait l’expérience de Dieu, par delà ses terreurs et l’expérience de sa fragilité, dans « le murmure d’une brise légère. » La montagne est encore le lieu de l’expérience étrange et terrifiante aussi d’Abraham à qui un Dieu incompréhensible demande de sacrifier son enfant. Et quelle troublante histoire aussi que ce dialogue, au-delà des pesanteurs du temps et de l’espace, de Jésus avec Moïse et Élie dans la nuée, en présence de Pierre, Jacques et Jean ! La juxtaposition de ces deux récits nous rappelle que Jésus ne peut se comprendre sans référence à Abraham, à Isaac, à Moïse et à tous les prophètes.

En acceptant de remettre entre les mains de Dieu la vie de son fils bien-aimé, la chair de sa chair, ce qui comptait le plus pour lui, Abraham atteint le sommet de l’abandon dans les bras de Dieu. Il vit à l’avance, au sommet de son aventure spirituelle, quelque chose do cœur du Père qui demain (c’est la méditation de saint Paul dans l’épître aux Romains) consentira au sacrifice du Fils Unique.

Le premier message de ces deux lectures est donc un appel à avancer, un appel à tout faire pour que notre foi devienne de plus en plus comme celle d’Abraham puis comme celle de Pierre, Jacques et Jean. Même dans les épreuves les plus douloureuses, Dieu nous invite à lui donner notre confiance.

Il y a un deuxième message dans ces lectures de ce deuxième dimanche de carême. C’est la nécessité de la prière pour recevoir la force et le courage de poursuivre la route. Tout comme la montagne est le point de contact symbolique entre la terre et le ciel, de même la prière est le moment de la rencontre du temps et de l’éternité. La prière nous introduit dans l’éternel présent de Dieu. La prière nous libère aussi des limites géographiques. La montagne où Jésus conduit ses disciples est à la fois Thabor et Sinaï, puisque s’y retrouvent Jésus et ses apôtres ainsi que Moïse et Élie. Tous se rejoignent dans l’éternel présent de la Rencontre avec Dieu, à l’ombre de la nuée qui recouvre les différences de temps et d’espace.

Pierre en est tellement ébahi, qu’il voudrait demeurer toujours dans ce moment de bonheur profond. La révélation qui lui est faite par le Père est que Jésus, qui les a introduits dans cette expérience en les associant à sa prière, est son Fils: « Celui-ci est mon fils bien-aimé. Écoutez-le. »

Ce qu’il a à leur dire, ce dont il parlait avec Moïse et Élie, c’est sa mort prochaine. Isaac, le fils d’Abraham, a été épargné et à sa place fut immolé un bélier. Jésus, mettant fin à l’ère des sacrifices est mort lui-même pour nous, comme nous le rappelle la Lettre aux Romains. Il est désormais assis à la droite du Père. Il relie définitivement le temps et l’éternité.

Chaque fois que nous nous approchons de lui dans la prière, nous pénétrons avec lui, à travers l’obscure nuée de la foi, dans l’éternité. Nous naissons dans l’aujourd’hui de Dieu qui nous permet, par Jésus, d’entrer dès maintenant en communion avec le Père et avec tous ceux qui sont déjà dans sa gloire, au-delà des limites de lieu et de temps qui sont encore les nôtres.

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