Pour l’archevêque de Tunis, « la Tunisie, ce n’est pas cela »

tunis3Au lendemain de l’attaque contre le musée du Bardo à Tunis qui a causé la mort de 21 personnes, l’archevêque de la ville, Mgr Ilario Antoniazzi appelle à l’espérance.

Le Secrétaire d’État a envoyé ce jeudi un télégramme à Mgr Ilario Antoniazzi, archevêque de la capitale tunisienne. Le Saint-Père s’associe par la prière aux familles endeuillées, à toutes les personnes touchées par ce drame ainsi qu’au peuple tunisien tout entier : « Informé du grave attentat terroriste qui a frappé hier la ville de Tunis et qui a provoqué de nombreux morts et blessés, sa Sainteté le pape François, en réitérant sa ferme condamnation de tout acte contre la paix et la sacralité de la vie humaine, s’associe par la prière à la peine des familles endeuillées, à toutes les personnes touchées par ce drame ainsi qu’au peuple tunisien tout entier éprouvé. Il demande au Seigneur d’accueillir dans sa paix les personnes décédées et de réconforter celles qui sont gravement blessées. En gage de consolation, le Pape demande à Dieu de faire descendre sur tous l’abondance de ses bénédictions ».

Le cardinal Pietro Parolin a condamné un massacre inhumain. « C’est une chose très cruelle et inhumaine, réellement inconcevable, qu’il faut condamner avec la plus grande fermeté ». Le secrétaire d’État espère que cessent les violences commises au nom de Dieu. Évoquant par ailleurs la prochaine Année Sainte de la miséricorde, il a souhaité que ce remède divin soit dispensé en abondance pour soigner les maux et les blessures dont souffre la société actuelle.

Depuis la révolution de janvier 2011, qui a chassé du pouvoir le président Ben Ali, la Tunisie a vu émerger une mouvance djihadiste responsable de la mort de dizaines de policiers et de militaires. Des Tunisiens combattant avec le groupe Etat islamique ont menacé leur patrie ces derniers mois. L’assaut sanglant mené par deux hommes armés a eu lieu au musée du Bardo ce mercredi. La plupart des 22 victimes sont des touristes étrangers. Les assaillants ont été abattus. L’assaut qui a frappé un triple symbole, culturel politique et économique met le nouveau pouvoir à l’épreuve. C’est un coup dur pour le secteur du tourisme qui occupe une place très importante en Tunisie. L’archevêque de Tunis, Mgr Ilario Antoniazzi a réagi au micro de Radio Vatican, interrogé par Antonino Galofaro.

Quelle est votre réaction au lendemain de cet attentat ?
Mgr Antoniazzi :
Les Tunisiens éprouvent une double souffrance. Tout d’abord, ils souffrent avec les blessés et surtout les morts et leurs familles. Ils vivent chaque souffrance comme si c’était l’une des leurs, non pas parce que c’est arrivé en Tunisie mais, comme si ceux qui ont été tués étaient des Tunisiens. Étant donné qu’ils sont un peuple très accueillant, le fait de voir que des personnes qui aimaient la Tunisie, qui l’aiment toujours, et qui étaient venus ici pour connaître ce pays, y ont été tuées ou blessées, est un motif de souffrance. Un second motif de souffrance vient du fait qu’ils n’acceptent pas ce qui est arrivé, en tant que Tunisiens. Ils refusent tout cela. Cette double souffrance fait, qu’en voyant la réaction de la presse, toutes les personnes que j’ai rencontrées aujourd’hui montrent un grand refus de tout ce qui est arrivé et veulent s’en excuser. C’est une position, une double souffrance, qu’il faut bien mettre en évidence au deuxième jour après le drame.

Et que dites-vous à ces Tunisiens qui n’acceptent pas ce qui s’est passé ?
Mgr Antoniazzi : Il faut leur dire que malgré tout, il ne faut pas perdre l’espérance pour le futur. Je leur dis qu’il y a un Pape qui s’appelle François et qui dit tout le temps qu’il ne faut jamais perdre l’espérance. C’est maintenant que l’on prouve si nous sommes vraiment des personnes mûres et si, malgré tout ce qui est arrivé, nous avons le courage de rester debout, de penser au futur et de bâtir la Tunisie sur le dialogue, l’amour et la fraternité. Cette espérance ne doit jamais nous quitter. Et je pense que le peuple tunisien possède en lui cette force et ce courage.

La Tunisie vit aussi du tourisme, les autorités ont également parlé d’une attaque à l’économie tunisienne. Que dites-vous aux touristes, aux étrangers qui auront peut-être peur de revenir en Tunisie ?
Mgr Antoniazzi : Je veux leur dire qu’il ne faut pas avoir peur malgré ce qui s’est passé hier, même si j’ai l’impression de ne pas pouvoir le dire maintenant. Mais en me basant sur l’espérance, je dois leur dire une chose : tout d’abord que le peuple tunisien n’est pas ces quatre, cinq ou six personnes qui ont commis des actes criminels. La Tunisie ou le peuple tunisien ne sont pas cela. Ce dernier est accueillant, il accepte et il veut que son pays soit ouverte au monde entier. C’est un des rares États au nord de l’Afrique où l’on peut venir sans trop de complications, sans visa, etc. C’est un signe que la Tunisie, malgré tout, lance aux Européens et au monde entier. Naturellement, il faut laisser un peu de temps et petit à petit, nous devons revenir à ce qu’est la Tunisie. Elle n’est pas ce qu’elle a montré hier. Elle n’est pas cela. C’est bien le contraire.

Les spécialistes affirment que la Tunisie pouvait s’y attendre. Y avait-il dans le pays, là où vous vivez, là où vous évoluez, quelque chose dans l’air, une peur ? S’attendait-on à cet événement ou au contraire, a-t-il pris tout le monde de court ?
Mgr Antoniazzi : Hier, le président lui-même a dit qu’il y avait beaucoup de cellules dormantes en Tunisie et qui peuvent se réveiller. C’est pour cela que je disais que le pays a besoin d’être aidé pour faire en sorte que ces cellules ne se réveillent pas, pour pouvoir les empêcher d’entrer en action. C’est clair, la peur est présente. Nous vivons au jour le jour et à la fin de la journée, nous disons : « Grâce à Dieu, aujourd’hui, rien n’est arrivé. Mais de quoi sera fait demain ? ». C’est chaque jour un point d’interrogation. Mais espérons que ce point d’interrogation soit plein d’espérance et de dialogue d’amour avec le monde !

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