Églises d’Afrique du Nord : périphériques mais citoyennes

Serviteurs de l’espérance, la nouvelle lettre pastorale de la Cerna, la Conférence Épiscopale de la Région Nord de l’Afrique qui englobe le Maroc, la Tunisie, l’Algérie et la Libye, aborde les défis d’aujourd’hui.

p. Nicolas Lhernould, Vicaire général de Tunis | lundi 16 mars 2015

Cathédrale Saint-Pierre de Rabat, Maroc

Cathédrale Saint-Pierre de Rabat, Maroc

« Notre région est en pleine mutation, l’Église universelle connaît d’importantes transformations, nos Églises locales sont en évolution : nous sentons de manière forte un appel renouvelé du Seigneur à être plus que jamais en Afrique du Nord des ‘Serviteurs de l’Espérance’ ». Tel est le titre et le projet de la dernière Lettre Pastorale de la CERNA, la Conférence Épiscopale de la Région Nord de l’Afrique, datée du 1er décembre 2014 (fête du Bienheureux Charles de Foucauld), qui a été remise à Rome au Pape François le 2 mars 2015 à l’occasion de la visite ad limina de la région.

Un document qui a mûri pendant deux ans, en réponse à un appel fort, ressenti dans la prière et à travers les événements qui marquent nos pays, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Libye : « Suite aux Printemps arabes, au regard également des ‘nouveautés de l’Esprit’ qui marquent nos communautés et l’Église tout entière, il nous a paru opportun d’écrire ce document, qui dise l’actualité, les joies et les défis de notre présence et de notre mission au Maghreb aujourd’hui » ; et qui éveillera aussi, si Dieu le veut, « dans le cœur de ceux et celles qu’il prépare pour cela, le désir de vivre notre vocation de chrétiens au Maghreb ».

Servir l’espérance : une réalité et une perspective qui résonnent comme un appel et un défi dans un contexte régional en pleine mutation, au cœur des Printemps arabes, avec les importantes évolutions sociétales et religieuses qui en résultent, non sans contrastes d’un pays à l’autre, au milieu d’enjeux sécuritaires importants, également d’une « nouvelle donne » des migrations en provenance essentiellement d’Afrique subsaharienne. La première partie de la Lettre accueille cette nouveauté avec un regard de foi, ancré dans l’espérance, lisant de nombreux « passages et défis » selon une « dynamique pascale » en résonance directe avec la Parole de Dieu, principalement l’Exode et l’Évangile.

La seconde partie décrit le visage actuel des Églises d’Afrique du Nord, dont la position est originale et assez unique au sein de l’Église universelle : celle de vivre une vocation à la rencontre et au dialogue avec les musulmans, « qui est une vocation à la fraternité avec tous ». Une Église au mille visages, issus des cinq continents, enrichie par la présence de plus en plus nombreuse d’étudiants ou de migrants subsahariens. Une Église qui accueille aussi comme « un fait, une grâce et une espérance » les « nouveaux disciples » dont le Seigneur touche le cœur ; une réalité qui ne va pas sans difficultés, que nos Églises, en se refusant absolument de pratiquer un prosélytisme qu’elles ont toujours jugé contraire à l’Évangile, accueillent avec joie, « comme un don de Dieu ».

« Églises de la rencontre », à travers le dialogue et l’hospitalité réciproque avec les musulmans, les communautés d’Afrique du Nord trouvent leur raison d’être au service du Royaume, par le témoignage évangélique et le service, se sentant envoyées principalement vers les « périphéries », fières aussi d’être vues elles-mêmes comme « périphériques », pauvres de tout, en première ligne pour vivre la joie de la Bonne Nouvelle annoncée au pauvres. En compagnonnage avec des peuples en marche dont elles partagent l’Histoire Sainte depuis près de 1800 ans, célébrant « la gloire de Dieu au milieu des nations », nos Églises se veulent également « citoyennes », membres de droit ou de cœur des sociétés maghrébines dont elles partagent le destin, ayant à cœur d’apporter leur contribution à la vie et à la construction de la société, sans militantisme politique, ni recherché ni désiré ; à travers la famille, l’éducation, les œuvres sociales, l’engagement économique …

C’est dans l’expérience spirituelle des moines de Tibhirine que la CERNA a puisé l’inspiration profonde de la dernière partie, une méditation sur le sens de la mission vécue comme une « Visitation » : « Élisabeth a libéré le Magnificat de Marie » ; de la même façon, toute rencontre vraie permet une communion dans laquelle se révèlent les trésors portés ceux qui se rencontrent. Ainsi l’évangélisation n’est en rien prosélytisme, mais chemin d’incarnation vécu jusqu’à l’extrême, consentement d’autant plus exigeant que nous sommes appelés à le vivre le plus souvent dans un grand dépouillement, parfois même dans l’adversité des événements. À la suite de Marie, nous apprenons à passer de l’efficacité à la fécondité, à travers le chemin de la rencontre, qui est « notre chemin missionnaire ».

Un document à la fois fort et profond, qui est aussi une exhortation pastorale à continuer de servir l’espérance, qui conduit « à une paix puisée dans le Cœur même du Christ ; qui rejoint les aspirations des peuples avec lesquels nous cheminons ; qui nous invite à tenir, dans la joie et la confiance, notre devoir de prière et de service là où l’Esprit a voulu conduire nos pas ; et qui renouvelle chaque jour notre désir d’œuvrer pour le Royaume, en ajustant nos moyens à l’aujourd’hui de Dieu ».

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