Homélies du 6e dimanche de Pâques et de l’Ascension

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S’il est une affirmation qui revient dans les trois lectures de ce dimanche et qu’il nous faut donc sans doute retenir en priorité, c’est bien celle-ci: Dieu nous devance et nous surprend toujours. Qu’il s’agisse de la mission, qu’il s’agisse de l’amour ou de la foi, c’est Dieu qui fait toujours les premiers pas vers nous. C’est toujours à lui que revient l‘initiative.
Revenons rapidement sur ces lectures proposées à notre méditation…

Dans les Actes des Apôtres, Luc nous raconte comment l’Esprit Saint surprend tout le monde en s’emparant de tous ceux qui écoutaient Pierre et qui n’avaient encore été ni baptisés, ni même catéchisés : « Tous les croyants qui accompagnaient Pierre furent stupéfaits, eux qui étaient Juifs, de voir que même les païens avaient reçu à profusion le don de l’Esprit Saint. » Que Dieu parle et agisse à travers ses représentants patentés -, cela paraît assez logique ! Mais qu’il se mette à brouiller les cartes en se manifestant aussi chez ceux qui ne le connaissent pas et qui n’ont – semble-t-il – jamais jusqu’alors manifesté un intérêt pour lui, alors là, non,

Pierre et ses compagnons de mission découvrent que l’Esprit Saint ne les a pas attendus pour travailler à Césarée, y compris chez les païens de l’armée romaine d’occupation. « Pourrait-on refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous? » J’aime cet humour de l’Esprit Saint qui sait, de temps en temps, se rire de nos prétentions à le canaliser, voire même à le posséder! Cela nous invite à une humilité salutaire dans le dialogue entre les religions. Cela nous conduit probablement aussi à convertir notre manière de concevoir la mission. Bien sûr que le trésor de l’Evangile qui nous a été confié, il nous faut le faire connaître! Mais parfois la mission ne consistera pas à apporter quelque chose d’autre, que l’autre n’aurait pas, mais simplement à l’aider à nommer Celui qui est à l’œuvre en lui.

Dans la deuxième lecture, St Jean, lui aussi, nous rappelle qu’en amour, Dieu a encore et toujours l’initiative: « L’amour vient de Dieu » et encore: « Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils qui est la victime offerte pour nos péchés. »

Enfin, dans l’évangile, Jésus rappelle à ses disciples que c’est lui qui les a appelés et non l’inverse. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous partiez, que vous donniez du fruit, et que votre fruit demeure. » Si dans la première lectute l’initiative de Dieu se situe au plan de la mission et dans la deuxième lecture au plan de l’amour, ici, dans l’Evangile, elle se situe plutôt sur le plan de la foi. Dieu a plus confiance en nous que nous en lui ! Jésus croit davantage en ses disciples qu’eux en lui. Jésus, en effet, ne cache rien à ses disciples, ne retient rien pour lui et, ce faisant, se rend vulnérable : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que veut faire son maître; maintenant, je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître. » Bien plus, il rend le risque inouï de confier à une poignée d’hommes son désir et sa mission de salut pour toute l’humanité. Et le plus fort, c’est qu’il les croit capables d’être fidèles comme Lui l’a été en gardant les commandements de son Père.

Entrons donc dans cette eucharistie en rendant grâce à Dieu pour toutes les prévenances de son amour. Suivons le Ressuscité qui nous précède dans toutes nos Galilées, et essayons de porter sur la vie de nos proches, même les moins religieux, ce regard contemplatif qui nous fera dire: « Tiens, le Seigneur est déjà passé par là. »

Fête de l’Ascension

Je ne vous le cache pas. La fête de l’Ascension me laisse toujours le cœur partagé entre deux sentiments un peu contradictoires. Je suis saisi de tristesse d’abord. Jésus n’est plus visible dans son corps glorifié. Après un temps où il s’est manifesté à ses apôtres, il disparaît à leurs regards. Comment ne pas être saisi d’une sensation de deuil devant l’absence visible du Bien Aimé ?

Mais une joie discrète me monte aussi du cœur. Dans la nuit de l’Absence, voilà que nous sommes invités à une Présence plus profonde.

Car Jésus, par l’Ascension, ne disparaît pas. Il change de mode de présence. Il reste présent dans le don du Saint-Esprit, dans la parole des apôtres, dans la communauté rassemblée pour la prière et les sacrements, dans le service des frères.

Son départ vers les cieux ne signifie moins la fin d’une histoire que le début de l’éternité, de notre éternité. Si Jésus n’était pas « monté » au ciel, il serait encore parmi nous, au milieu de nous, extérieur à nous, comme nous demeurons extérieurs les uns aux autres. Son départ dessine un nouveau mode de présence, non plus une présence proche et visible mais plutôt une présence tout intérieure et universelle, hors frontière et hors du temps. Une vraie présence, vécue sur le mode de l’absence, un peu comme lorsque nous vivons un deuil, ce temps nécessaire pour que l’être décédé vive à jamais en nous.

Libéré des limites du corps, il n’est plus à côté de nous, mais par sa mort et à sa glorification, il est maintenant au cœur de nous-mêmes. « Je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin des temps. Vous êtes en moi et je suis en vous. » L’Ascension est le nouvel aspect de Présence dans le Mystère de Pâques. Le Christ ne nous prive des apparences de sa Présence que pour nous donner ce qu’Il est, sa dimension infinie et indicible qu’il reçoit de son Père, grâce au dynamisme de l’Esprit.

Il fallait qu’Il disparaisse pour transparaître. Quand on dépasse le deuil, quand on assume l’absence pour découvrir une autre présence, on entre dans le mystère du Grand Passage, et l’on peut alors vivre intensément l’Ascension. On peut fermer les, quitter les écorces superficielles de la vie sensible, plonger dans la nuit de la foi pour descendre au fond de soi-même, au ciel de Dieu, là où Il peut établir sa demeure, et nous attend.

On se découvre conduit aux dimensions de Dieu, on peut aller au-devant des autres, les rencontrer et les aimer comme il nous dit de le faire. « Allez dans le monde entier. » Et la joie peut crépiter comme un feu au cœur d’une nuit froide de printemps, parce que, dans « les vases fragiles » que nous sommes, la présence du ressuscité silencieusement rayonne et éclaire le monde encore prisonnier des ténèbres de la peur.

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