L’Église et la politique en Équateur, une équation difficile

equa(RV) « L’arrivée du Pape ouvre une parenthèse de paix et de réflexion », titrait ce week-end l’Expreso de Guayaquil, l’un des principaux quotidiens équatoriens, quelques heures avant que François ne pose le pied sur le sol du pays. Une manchette qui résume bien l’état d’esprit d’un pays déchiré par les divisions politiques de ces dernières semaines. Trois jours avant l’arrivée du Souverain Pontife, la polarisation à l’extrême du pays s’était affichée sur toutes les télés et dans les kiosques : partisans du gouvernement et opposants à Rafael Correa se sont rassemblés dans le centre historique de Quito, les uns appelant à sa démission, refusant qu’il brigue un troisième mandat en 2017, les autres accusant les premiers de « putschistes » souhaitant la chute du gouvernement.

Dans ce climat électrique, l’Église équatorienne n’a eu de cesse d’appeler au dialogue, tout en veillant à rester à distance des querelles politiciennes. Car la grande crainte des prélats du pays est la récupération politique de la visite de François par un pouvoir contesté, mais qui sait remarquablement communiquer. Déjà, les images de Rafael Correa étreignant François lors de sa venue au Vatican au mois d’avril ont été montrées en boucle sur les chaines gouvernementales. Ces images qui voulaient montrer que « le président est l’ami du Pape » avait fortement irrité les opposants au président. Autre sujet d’agacement, les nombreuses affiches qui ont fleuri ces derniers jours dans les grandes villes, mettant en exergue des citations du Saint-Père qui insistent notamment sur la redistribution des richesses où l’iniquité sociale. Des phrases trop « Correa-compatibles » qui ont fait dire à l’évêque auxiliaire de Quito que les messages que le Pape vient porter au pays ne se réduiraient pas à cela.

Quelle place pour l’Église dans la vie sociale et civile ?

Dans la préparation du voyage, les autorités ecclésiastiques ont dû aussi batailler diplomatiquement devant les exigences parfois gourmandes du pouvoir. « Le gouvernement a demandé 20’000 places pour la messe dans le parc du bicentenaire ! » s’étonne une source à la nonciature apostolique. Le Saint-Père est parfaitement conscient des troubles qui agitent le pays, et la difficulté parfois pour l’Église de faire entendre sa voix. Il devrait d’ailleurs appeler les évêques d’Équateur à ne pas avoir peur de prendre leur part dans la vie sociale et civile.  « L’Église demande à contribuer au débat démocratique, à la promotion de chaque personne humaine et surtout des groupes les plus vulnérables », a précisé le cardinal Pietro Parolin, le secrétaire d’État du Saint-Siège dans une interview au CTV, quelques heures avant que François ne s’envole pour l’Amérique Latine.

Quoiqu’il en soit, « en aucune manière, le Souverain Pontife n’a imaginé reporter son voyage en raison des tensions politiques », a tenu à rassurer le père Federico Lombardi, directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, dimanche soir à Quito, répondant aux journalistes équatoriens. « Ce sont des problèmes secondaires pour lui », a précisé le porte-parole, rappelant que dans l’esprit du pape argentin, ce voyage était d’abord l’opportunité pour tout le peuple équatorien d’être uni dans la joie.

Olivier Bonnel, envoyé spécial à Quito.

 

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