Homélie du dix-neuvième dimanche ordinaire dans l’année B

Je-suis-le-pain-de-vieElie est un des grands prophètes, un homme d’action plus que de paroles. C’était un mystique, un solitaire que l’Esprit de Dieu déplaçait constamment d’un endroit à l’autre : la Phénicie, le Mont Horeb, le torrent de Kerit, le palais du roi Achab, le Jourdain. Partout, c’est par ses actes qu’il parle.

Il est un aussi un ardent défenseur de Yahvé jusqu’à à tuer les prêtres de Baal, ces ennemis de Dieu, pour démontrer l’authenticité de sa mission. Dans le Livre des Rois, c’était précisément le récit qui précédait celui que nous avons entendu comme première lecture. Après cela, la reine Jézabel, en colère, cherche à le supprimer. Alors Élie, ce grand prophète plein d’ardeur, se met à avoir peur et décampe à marchesforcées pour sauver sa peau. Il se découvre comme un homme comme les autres, faible et craintif. Il fuit au désert et après une journée de marche, il n’en peut plus. Il veut mourir et dit à Dieu : « C’en est assez, Seigneur! Prends ma vie, je ne suis pas meilleur que mes pères ! »

Pour la première fois, Élie fait l’expérience de sa faiblesse, de sa peur, de son péché. Il reçoit alors de l’Ange de Dieu le pain qui lui permettra de continuer son chemin au désert, vers le mont Horeb, où il rencontrera Dieu.

Le pain reçu par Élie préfigure l’Eucharistie. Ce n’est pas lorsque nous sommes assurés de nos vertus et de la vérité que nous croyons posséder, que nous faisons l’expérience de Dieu ; mais plutôt lorsque tout semble crouler sous nos pieds – et cela arrive un jour ou l’autre dans toute vie – lorsque les vertus que nous croyions posséder s’évaporent, lorsque nos vérités sont remises en question, que Dieu commence à agir.

Une leçon que nous pouvons tirer de ces textes est que nous ne rencontrons pas Dieu et n’entrons pas en relation personnelle avec Lui lorsque nous sommes certains d’être bons, et certainement pas lorsque nous pensons être meilleurs que les autres ou – pire – lorsque nous sommes prêts à éliminer ceux que nous considérons les ennemis de Dieu ou les nôtres ! Non ! Pour entrer en relation personnelle avec Dieu nous devons, comme Élie, découvrir notre faiblesse, notre besoin de guérison, c’est-à-dire de conversion.

Sur la route, quand on marche, quand on a persévéré longtemps, sans résultats, la lassitude peut, elle aussi, nous atteindre dans nos engagements personnels ou dans notre vie familiale. Faut-il s’en étonner ? Mais Dieu n’aime pas l’échec, ni nos envies de mort et d’abandon. Sur la route, il nous rejoint dans une mystérieuse présence et, avec elle, la route de la fuite va changer de sens. C’est aujourd’hui que le Père nous rejoint en cet homme en qui parfois nous ne voulons voir que le « fils de Joseph. »

Jésus nous rappelle que la foi est un don que son Père fait aux cœurs attentifs, à ceux qui se mettent à l’écoute de l’Envoyé de Dieu, dans la fidélité. C’est pourquoi, il peut nous dire de manger le pain de Dieu qui sauve le monde. L’eucharistie est là au milieu de la communauté, présence du Christ, donné, source de vie, pain de route. La vie de Dieu ne naît pas dans les pensées, dans les rêves, les rites des hommes, mais dans le Christ qui se donne réellement. « Il nous a aimés jusqu’à se livrer pour nous. » Alors, nous sommes prêts pour « chercher à imiter Dieu, comme des enfants bien-aimés » sur nos chemins humains, très humains, comme saint Paul le voulait pour la communauté chrétienne d’Éphèse.

« Le pain que je donnerai c’est ma chair pour la vie du monde. » Faisons de notre communion d’aujourd’hui un tel acte de foi. Et reprenons courage !

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